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14 sept. 2011

De l'aliénation au profit d'une personnalité artificielle.

L'homme qui dans la vie sociale se présente comme "l'homme fort", "l'homme de fer", est bien souvent dans la vie "privée", en face de ses sentiments et de ses états d'âme, comme un enfant : la discipline qu'il affiche ( et qu'il exige tout particulièrement des autres) se trouve, sur le plan privé, honteusement et caricaturalement contredite de bafouée. Son "allant au travail", sa "disponibilité professionnelle", son "amour du devoir", ont, dans le cadre de son foyer, un visage mélancolique; sa morale officielle "exemplaire" a quand on soulève le masque, bien singulière allure. Et nous nous referons ici moins aux actes qu'aux mouvements de l'imagination. D'ailleurs, les femmes de tels hommes pourraient nous en apprendre beaucoup sur leur compte, quant à leur fameux altruisme... leurs enfants sont en général bien placés pour en connaître la valeur.

C.G. Jung
Dialectique du Moi et de l'inconscient.

7 févr. 2011

De la localisation de l'anima et de l'animus.

Ils vivent et fonctionnent manifestement dans les couches profondes de l'inconscient, dans (...) l'inconscient collectif. Cette localisation pour une grande part explique leur étrangeté: ils communiquent à la conscience éphémère une vie psychique inconnue appartenant à un lointain passé, l'esprit de nos ancêtres ignorés, leurs modes de vie et du monde, en face des dieux et des hommes. l'existence de cette couche archaïque forme probablement la racine de la croyance à la réincarnation et aux souvenirs de "vies antérieures".



C.G Jung
La Guérison psychologique

26 janv. 2011

Du médecin.

(...) Si un médecin veut aider un homme, il doit d'abord l'accepter dans son "être dans le monde"; et il ne peut le faire réellement  que lorsqu'il s'est lui-même accepté au préalable dans son être, avec toutes ses faiblesses.


C.G Jung
La Guérison psychologique.

12 août 2010

De l'équilibre des principes masculin et féminin.

"La tâche du medecine-man, ajouta "  Laurens Van Der Post ", consiste à maintenir en équilibre les principes masculin et féminin dans la société. Il illustra son affirmation par l'histoire d'une jeune fille qui jette tous ses objets de valeur dans l'eau. Ce sacrifice lui vaut de recevoir en retour, d'une "vieille femme" qui habite dans l'eau, la bénédiction et la fécondité pour elle-même et pour son peuple. De même, commente le conférencier, Jung a jeté à l'eau la science de notre temps et de bien des civilisations, ce qui lui a permis d'assumer à nouveau auprès des hommes le rôle de medecine-man. La jeune femme aveugle rencontrée par lui est le principe féminin rejeté par l'esprit moderne et ainsi privé de la vue. Le voyage de Jung dans l'au-delà présage une nouvelle naissance de notre monde, tout comme celui de Dante anticipait l'esprit de la Renaissance. Pourtant l'expédition de Jung conduit plus profond et plus loin que celle de Dante, ce qui traduit la crise profonde de l'esprit de notre temps."



Marie-Louise von Franz
C.G.JUNG, Son mythe en notre temps

6 août 2010

Animus et Anima.

Après que les aspects "inférieurs" du moi ont été rendus conscients et intégrés, on voit généralement apparaître, dans l'inconscient, la figure du sexe opposé. Si la conscience accorde la prédominance à l'aspect de logos de la vie, comme c'est généralement le cas chez l'homme, l'aspect d'éros est personnifié dans les rêves par des figures féminines, et, inversement, lorsque le moi accorde la suprématie à l'élément éros de la vie, ce qui est le plus habituel chez la femme, on voit se présenter des personnifications masculines. Les images inconscientes du sexe opposé sont désignées par Jung du mot d'anima chez l'homme et d'animus chez la femme. L'anima manifeste sa présence chez l'homme, principalement sous forme d'humeurs ou de dispositions d'âme, de phantasmes érotiques, d'impulsions ou de désirs de vivre; l'animus chez la femme apparaît plutôt comme impulsion à agir, initiative, discours, opinions, convictions ou idées autonomes. Ces composantes sexuelles de la personnalité forment un pont permettant la relation avec l'autre sexe (la plupart du temps sous forme de projection); mais elles constituent également un obstacle notable à la compréhension du partenaire ou de la partenaire. En effet l'anima provoque habituellement une irritation chez l'homme et l'animus chez la femme et c'est en cela que réside la fameuse inimitié des sexes. La plupart des difficultés conjugales ont là leur source.



Marie-Louise von Franz
C.G.JUNG, Son mythe en notre temps

5 août 2010

Le médecin est "le moyen par lequel la nature est introduite dans l'oeuvre".

Les maximes de Paracelse citées par Jung peuvent à bon droit s'appliquer à lui-même: "Là où il n'y a pas d'amour, il n'y a pas d'art". "Ainsi le médecin doit être saisi d'une compassion et d'un amour semblables à ce que l'on croit être ceux de Dieu vis-à-vis de l'homme". Le médecin est "le moyen par lequel la nature est introduite dans l'oeuvre". Ce que fait le médecin n'est pas son oeuvre. "L'exercice de cet art a sa place dans le coeur; si ton coeur est faux, le médecin en toi aussi est faux."


Marie-Louise von Franz
C.G.JUNG, Son mythe en notre temps

17 janv. 2010

Le dogme reflète la psyché.

Or les images chrétiennes que je viens de citer  n'appartiennent pas au christianisme seul (...) De pareilles idées n'ont jamais été inventée. Elle prirent naissance à une époque où l'humanité n'avait pas encore appris à utiliser l'esprit comme une activité dirigée. Avant que les hommes apprissent à produire des pensées,la pensée vint vers eux. Ils ne pensaient pas; ils percevaient leur fonctionnement mental. Le dogme est comparable au rêve: il reflète l'activité spontanée et autonome de la psyché objective, c'est à dire l'inconscient.


C.G. Jung,
Psychologie et religion.

De l`étiquette scientifique.

Pour une certaine médiocrité intellectuelle, caractérisée par un rationalisme éclairé, une théorie scientifique qui simplifie les faits constitue un excellent moyen de défense, à cause de la foi inébranlable que l'homme moderne accorde à tout ce qui porte "l'étiquette" scientifique. Une telle étiquette tranquillise les esprits à l'égal - ou presque - de la fameuse maxime: Roma locuta, causa finita. ( Rome a parlé, la question est tranchée, le débat est clos.)

C.G. Jung,
Psychologie et religion.

26 oct. 2008

De l'image archétypique de la femme.

Dans notre civilisation judéo-chétienne, c'est-à-dire dans une tradition strictement patriarcale, l'image archétypique de la femme ne figure pas (...). Il en résulte que, d'une part, l'anima de l'homme est négligée, et que, d'autre part, la femme est incertaine quant à sa propre essence; elle ne sait ni ce qu'elle est, ni ce qu'elle pourrait être.
(...)
Dans une structure matriarcale (...), les femmes ont une confiance spontanée en leur nature féminine (...). Elles ont une assurance  toute naturelle dans leur existence et leur comportement humains.

Marie-Louise Von Franz
La femme dans les contes de fées.

9 août 2008

Quels sont mes droits essentiels ?

  • Avant toute chose, tu devrais avoir le droit d'être engendré par un père et une mère qui s'aiment, au cours d'un acte sexuel couronné par un orgasme mutuel, afin que ton âme et ta chair prennent racine dans le plaisir.
  • Tu devrais avoir le droit de n'être ni un accident ni une charge, mais un individu attendu et désiré de toute la force de l'amour, comme un fruit qui donne du sens au couple, lequel devient désormais une famille.
  • Tu devrais avoir le droit de naître avec la sexe que la nature t'a donné. Tu devrais avoir le droit d'être pris en compte dès le premier mois de ta gestation. A tout instant la femme enceinte devrait accepter le fait qu'elle est deux organismes en voie de séparation et non un seul qui s'étend.
  • Personne ne peut t'accuser des accidents pouvant survenir pendant l'accouchement. Ce qui t'arrive dans la matrice n'est jamais ta faute: par ressentiment contre la vie, la mère ne veut pas accoucher et, à travers son inconscient, t'enroule le cordon ombilical autour du cou et t'expulse, incomplet, avant terme. Comme on ne veut pas te mettre au monde, parce que tu es déjà un tentacule de pouvoir, on te retient plus de neuf mois, tandis que le liquide amniotique sèche et que ta peau se brûle; on te fait tourner jusqu'à ce que tes pieds, et non ta tête, entament le glissement vers la vulve, comme les morts vont à la niche, les pieds devant; on te gave plus qu'il ne faut pour que tu ne puisses pas passer par le vagin, la naissance heureuse étant remplacée par une froide césarienne, qui n'est pas un accouchement mais l'extirpation d'une tumeur. Refusant d'assumer la création, on ne collabore pas avec tes efforts et sollicite l'aide d'un médecin qui t'opprime le cerveau avec ses forceps; souffrant d'une névrose de l'échec, on te fait naître à moitié étouffé, tout bleui, t'obligeant à imiter la mort émotionnelle ce ceux qui t'ont engendré...
  • Tu devrais avoir le droit à une profonde collaboration: l'envie d'enfanter de la mère doit être aussi grande que l'envie de naître du bébé, fille ou garçon. L'effort sera mutuel et bien équilibré. A partir du moment où cet univers te produit, tu as la droit d'avoir un père protecteur, qui soit présent tout au long de ta croissance. De même que l'on donne de l'eau à une plante assoiffée, tu as le droit, quand tu t'intéresses à une activité, de te voir offrir le plus grand nombre de possibilités afin que tu te développes sur le sentier que tu as choisi.
  • Tu n'es pas venu réaliser le plan personnel d'adultes t'imposant des objectifs qui ne sont pas les tiens, le principal bonheur que t'autorise la vie est de te permettre de t'atteindre toi-même.
  • Tu devrais avoir le droit de posséder un espace où pouvoir t'isoler pour construire ton monde imaginaire, de voir ce que tu veux sans que ton regard soit limité par des morales caduques, d'entendre ce que tu désires, même si ce sont des idées contraires à celles de ta famille.
  • Tu n’es venu réaliser personne d’autre que toi-même, tu n'es venu occuper la place d'aucun mort, tu mérites d’avoir un nom qui ne soit pas celui d’un parent disparu avant ta naissance : quand tu portes le nom d’un défunt, c’est parce qu’on t’a injecté un destin qui n’est pas le tien, usurpant ton essence.
  • Tu as parfaitement le droit de ne pas être comparé; aucun frère, aucune soeur ne vaut plus ou moins que toi, l’amour existe quand on reconnaît l’essentielle différence. Tu devrais avoir le droit d'être exclu de toute querelle entre tes parents, de ne pas être pris comme témoin dans les discussions, de ne pas être le réceptacle de leurs angoisses économiques, de grandir dans une ambiance de confiance et de sécurité.
  • Tu devrais avoir le droit d’être éduqué par un père et une mère guidés par des idées communes, ayant aplani entre eux, dans l’intimité, leurs contradictions. S’ils divorcent, tu devrais avoir le droit de ne pas être oblige de voir les hommes avec les yeux pleins de ressentiment d’une mère, ni les femmes avec les yeux pleins de ressentiment d'un père.
  • Tu devrais avoir le droit qu’on ne t'arrache pas du lieu où tu as tes amis, ton école, tes professeurs préférés.
  • Tu devrais avoir le droit de ne pas être critiqué si tu choisis un chemin qui n’était pas dans les plans de tes parents ; d’aimer qui tu veux sans avoir besoin d’approbation, et, quand tu t’en sens capable, d’abandonner le foyer et de partir vivre ta vie; de dépasser tes parents, d’aller plus loin qu’eux, de réaliser ce qu’ils n’ont pu réaliser, de vivre plus longtemps qu'eux.
  • Enfin, tu devrais avoir le droit de choisir le moment de ta mort sans que personne, contre ta volonté, te maintienne en vie.
A. Jodoroswky
La danse de la réalité.


De l'image de la mère qui a été chantée et célébrée dans tous les temps et dans toutes les langues.

C'est cet amour maternel qui fait partie des souvenirs les plus touchants et les plus inoubliables de l'âge adulte, et qui signifie la secrète racine de tout devenir et de tout transformation, le retour au foyer et le recueillement, le fond primordial silencieux de tout commencement et de toute fin. Intimement connue et étrange comme la nature, amoureusement tendre et cruelle comme le destin, dispensatrice voluptueuse et jamais lasse de vie, mère de douleurs, porte sombre et sans réponse qui se referme sur la mort, la mère est amour maternel, elle est mon expérience et mon secret. A quoi bon toutes nos paroles trop prolixes, trop erronées, trop pauvres, voire trop mensongères au sujet de cet être humain appelé mère, dont - pourrait-on dire - le hasard fit le porteur de cette expérience qui enferme en elle ma mère, moi, toute l'humanité, et même toute créature vivante qui devient et passe, le porteur de l'expérience de la vie dont nous sommes les enfants?
On l'a toujours fait, certes, et on le fera toujours, mais celui qui sait ne peut plus faire retomber cet énorme poids de signification, de responsabilité et de devoir, de ciel et d'enfer, sur ces êtres faibles et faillibles, dignes d'amour, d'indulgence, de compréhension et de pardon qui nous furent donnés pour mères.
Il sait que la mère est porteuse de cette image innées en nous qui est la mater natura et la mater spiritualis, la sphère de la vie tout entière, à laquelle, enfants, nous avons été confiés et, en même temps, abandonnés. Il n'a pas non plus le droit d'hésiter un instant à délivrer la mère humaine de ce fardeau effrayant, par égard pour elle et pou lui-même. Car c'est précisément ce poids de signification qui nous enchaine à la mère et qui l'enchaine à son enfant, pour la perte spirituelle et physique de l'une et de l'autre.
On ne dénoue pas un complexe maternel en réduisant unilatéralement la mère à une mesure humaine, et, pour ainsi dire en la "rectifiant". Ce faisant, on court le danger de dissoudre en atomes l'expérience "mère", de détruire ainsi une valeur suprême et de jeter au loin la clé d'or qu'une bonne fée mit dans notre berceau. C'est pourquoi l'homme a instinctivement adjoint au couple des parents le couple divin préexistant sous la forme de "godfather" et de la "godmother", de parrains du nouveau-né, afin que celui-ci ne risque pas, par inconscience ou rationalisme à courte vue, de revêtir les parents de divinité.

C.G. Jung
Les racines de la conscience.

13 juil. 2008

De la ratio humaine.

La déesse Raison étend une lumière trompeuse qui n'éclaire que ce que l'on sait déjà, mais qui recouvre d'obscurité ce qu'il serait par-dessus tout nécessaire de savoir et de rendre conscient. Plus la raison prend des allures d'indépendance, plus elle devient pur intellect qui remplace la réalité par des doctrines et qui, surtout, a devant les yeux, non l'homme tel qu'il est, mais un mirage.

Les Racines de la conscience - C.G. Jung

10 sept. 2007

L'adversité

Quand il exprime trois fois son avis sans être entendu, [l'homme de valeur] donne sa démission. Il n'accepte que les fonctions qu'il peut remplir et les émoluments proportionnels aux services qu'il rend.
Il ne respectera jamais un homme manquant de droiture, quelle que soit sa position. Il ne s'inclinera jamais devant un être corrompu quel que soit son rang. [...]
Quant à ceux que vous, messieurs, appelez les hommes de valeur, ils devraient au contraire se voiler la face de honte! Ils ne s'avancent qu'en rampant et leurs discours sont un tissu de flatteries. Ils se liguent contre les gens honnêtes pour s'élever; pour assurer leur réputation et s'emparer des prébendes. [...] Tant qu'ils sont nommés à titre provisoire, ils déploient des trésors d'ingéniosité pour donner le change et convaincre le souverain des mérites qui n'existent pas.
Une fois parvenus à leurs fins, ils usent de leur pouvoir pour empêcher que les hommes de talent n'apparaissent au-dessous d'eux. Ils mêlent la vérité et le mensonge, ils faussent les proportions et gonflent des riens, tout cela pour accroître leur influence et s'élever. Ces gens-là, comment pouvez-vous les estimer, comment pouvez-vous leur reconnaître de la valeur?"



Mémoires historiques
Seu-Ma Tsien
cité par Pierre Faure dans "Le Yi Jing par lui-même"

11 mars 2007

L'amour chez la femme n'est pas sentimental.

Ce que veut l'amour de la femme, c'est l'homme tout entier, non pas l'homme seulement, mais en plus l'indice de sa négation. L'amour, chez la femme, n'est pas sentimental - il ne l'est que chez l'homme - : il est une volonté de vivre, parfois terriblement dépourvue de sentimentalité, et qui même la conduira au sacrifice de soi. Un homme ainsi aimé ne peut echapper à ce qu il y a d'inférieur en lui, car il ne peut répondre à cette réalité que par sa propre réalité.

L'Âme et la Vie -
Choix d'extraits de l'oeuvre de Jung,
bâti et ordonné par le docteur Jolande Jacobi

Erôs et Logos.

Alors que, dans l'attitude externe de l'homme , logique et réalisme prédominent ou sont, pour le moins, son idéal, chez la femme, c'est le sentiment qui tient le plus de place. Dans l'âme, c'est le contraire; intérieurement, l'homme s'abandonne aux sentiments et la femme délibère. Aussi l'homme désespère-t-il toujours plus vite dans des circonstances où la femme peut toujours consoler et espérer, et recourt-il plus facilement au suicide. Si la femme devient aisément victime des conditions sociales, l'homme succombe aussi aisément aux poussées de l'inconscient comme dans l'alcoolisme ou autre vices semblables.



L'Âme et la Vie -
Choix d'extraits de l'oeuvre de Jung,
bâti et ordonné par le docteur Jolande Jacobi

27 févr. 2007

La psyché a sa propre réalité

Je suis d'avis que la psyché est le fait le plus considérable qui soit dans le monde humain. Plus encore: elle est la mère de tout les faits humains, de la civilisation comme de la guerre qui tue les hommes; tout cela est d'abord psychique et invisible. Tant que ce n'est que "psychique", les sens sont incapables de la percevoir: ce n'en est pas moins indéniablement réel.

L'Âme et la Vie -
Choix d'extraits de l'oeuvre de Jung,
bâti et ordonné par le docteur Jolande Jacobi

28 déc. 2006

Ainsi l'homme de bien mesure l'éphèmère à l'aune de ce qui perdure.


(...)Cruauté du temps. Des lendemains qui déchantent. Des unions qui se délabrent et se vident. Des incompréhensions qui peu à peu se révèlent. Des défections en germe pourtant dans l'empressement du contrat initial. Alors la liaison devient contraire, avec obligation de conduire à leur terme les conséquences de ce marché de dupes. Tiraillements, contretemps, servitudes, pour assumer ce qui s'est tissé dans la hâte et prenait pour longtemps en otage.
L'homme de bien n'est pas dupe des emballements du départ. Il sait qu'en menant les affaires à leur terme se départageront ce qui se détériore et ce qui trouve consistance: ce que l'instant a suscité, c'est le temps qui en révèle le bien-fondé et la teneur. Le délitement, la démission ne le surprendront pas. Mais retenant la leçon des alliances incertaines et des positions secondaires, il appréciera l'éphémère à sa simple mesure sans plus en faire l'étalon d'une longue échéance.


Hexagramme 54- Le mariage de la cadette
Le Yi Jing par lui-même. - P. Faure

21 juin 2006

De la différenciation chez l'homme civilisé.

Dans la mesure où la distinction entre le sujet et l'objet n'est pas consciente, il règne une identité inconsciente. L'inconscient est en effet projeté dans l'objet, et l'objet introjecté dans le sujet, c'est à dire rendu psychologique. Alors les plantes et les animaux se comportent comme des humains, et les humains sont à la fois eux-mêmes et des animaux, et tout est animé par des esprits et des dieux.

L'homme civilisé se croit naturellement bien au dessus de tout cela. Mais à la place il est bien souvent identifié toute sa vie à ses parents; il est identique à ses affects et à ses préjugé et il taxe effrontément les autres de ce qu'il ne veut pas voir en lui-même. En fait, il possède encore un reste d'inconscience primitive, c'est à dire d'absence de différenciation entre le sujet et l'objet. A cause de cette inconscience il est influencé sans réserve par des humains, des objets et des circonstances innombrables; son esprit est rempli d'éléments parasites presque au même degré que celui du primitif, et c'est pourquoi il a tout autant besoin de magie apotropéique. Il n'utilise plus les sachets de médecine, les amulettes et les sacrifices d'animaux, mais les sédatifs, les névroses, le "progrès", le culte de la volonté et ainsi de suite.

Toutefois, s'il parvient à discerner que l'inconscient est une grandeur déterminante auprès du conscient et à vivre de manière à tenir compte, dans le mesure des possibilités, des exigences conscientes et inconscientes, c'est à dire instinctives, le centre de gravitation de la personnalité totale n'est plus le moi, qui est simplement le centre du conscient, mais une sorte de point virtuel situé entre le conscient et l'inconscient que l'on pourrait désigner du non de Soi.



Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or - Carl Gustav Jung

19 juin 2006

Saisir la totalité.

Saisir la totalité, c'est naturellement aussi le but de la science. Mais ce but ne peut être que trés lointain, la science procédant partout où elle le peut de manière expérimentale, et dans tous les cas par méthode statistique. Or l'expérimentation consiste à poser des problèmes en termes précis éliminant dans toute la mesure du possible les éléments extérieurs au problème posé et qui en pertubent l'examen. Elle énonce des conditions, les impose à la nature et l'oblige ainsi à répondre en fonction de la question formulée par l'homme. Cette démarche empêche la nature de répondre à partir de la plénitude de ses possibilités, puisque celles-ci sont limitées autant que faire se peut. A cet effet l'on crée en laboratoire une situation limitée par artifice à la question posée, et qui contraint la nature à donner une réponse aussi univoque que possible. Ainsi l'on exclut totalement l'exercice par la nature du pouvoir souverain qu'elle possède dans sa totalité illimitée. Si nous voulons apprendre à connaître ce pouvoir, il nous faut questionner la nature en lui posant le minimun de conditions, voire en ne lui en posant pas du tout, et lui laisser ainsi la liberté de répondre en fonction de sa plénitude.

Synchronicité et Paraceslsia - Carl Gustav Jung