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26 oct. 2008

De l'image archétypique de la femme.

Dans notre civilisation judéo-chétienne, c'est-à-dire dans une tradition strictement patriarcale, l'image archétypique de la femme ne figure pas (...). Il en résulte que, d'une part, l'anima de l'homme est négligée, et que, d'autre part, la femme est incertaine quant à sa propre essence; elle ne sait ni ce qu'elle est, ni ce qu'elle pourrait être.
(...)
Dans une structure matriarcale (...), les femmes ont une confiance spontanée en leur nature féminine (...). Elles ont une assurance  toute naturelle dans leur existence et leur comportement humains.

Marie-Louise Von Franz
La femme dans les contes de fées.

9 août 2008

De l'image de la mère qui a été chantée et célébrée dans tous les temps et dans toutes les langues.

C'est cet amour maternel qui fait partie des souvenirs les plus touchants et les plus inoubliables de l'âge adulte, et qui signifie la secrète racine de tout devenir et de tout transformation, le retour au foyer et le recueillement, le fond primordial silencieux de tout commencement et de toute fin. Intimement connue et étrange comme la nature, amoureusement tendre et cruelle comme le destin, dispensatrice voluptueuse et jamais lasse de vie, mère de douleurs, porte sombre et sans réponse qui se referme sur la mort, la mère est amour maternel, elle est mon expérience et mon secret. A quoi bon toutes nos paroles trop prolixes, trop erronées, trop pauvres, voire trop mensongères au sujet de cet être humain appelé mère, dont - pourrait-on dire - le hasard fit le porteur de cette expérience qui enferme en elle ma mère, moi, toute l'humanité, et même toute créature vivante qui devient et passe, le porteur de l'expérience de la vie dont nous sommes les enfants?
On l'a toujours fait, certes, et on le fera toujours, mais celui qui sait ne peut plus faire retomber cet énorme poids de signification, de responsabilité et de devoir, de ciel et d'enfer, sur ces êtres faibles et faillibles, dignes d'amour, d'indulgence, de compréhension et de pardon qui nous furent donnés pour mères.
Il sait que la mère est porteuse de cette image innées en nous qui est la mater natura et la mater spiritualis, la sphère de la vie tout entière, à laquelle, enfants, nous avons été confiés et, en même temps, abandonnés. Il n'a pas non plus le droit d'hésiter un instant à délivrer la mère humaine de ce fardeau effrayant, par égard pour elle et pou lui-même. Car c'est précisément ce poids de signification qui nous enchaine à la mère et qui l'enchaine à son enfant, pour la perte spirituelle et physique de l'une et de l'autre.
On ne dénoue pas un complexe maternel en réduisant unilatéralement la mère à une mesure humaine, et, pour ainsi dire en la "rectifiant". Ce faisant, on court le danger de dissoudre en atomes l'expérience "mère", de détruire ainsi une valeur suprême et de jeter au loin la clé d'or qu'une bonne fée mit dans notre berceau. C'est pourquoi l'homme a instinctivement adjoint au couple des parents le couple divin préexistant sous la forme de "godfather" et de la "godmother", de parrains du nouveau-né, afin que celui-ci ne risque pas, par inconscience ou rationalisme à courte vue, de revêtir les parents de divinité.

C.G. Jung
Les racines de la conscience.

13 juil. 2008

De la ratio humaine.

La déesse Raison étend une lumière trompeuse qui n'éclaire que ce que l'on sait déjà, mais qui recouvre d'obscurité ce qu'il serait par-dessus tout nécessaire de savoir et de rendre conscient. Plus la raison prend des allures d'indépendance, plus elle devient pur intellect qui remplace la réalité par des doctrines et qui, surtout, a devant les yeux, non l'homme tel qu'il est, mais un mirage.

Les Racines de la conscience - C.G. Jung

10 déc. 2007

La réalité de l'âme.

(...) je voudrais faire remarquer que nous avons en quelque sorte, 3 degrés à distinguer pour l'âme:
  1. la conscience;
  2. l'inconscient personnel qui se compose en premier lieu des contenus devenus inconscients, soit parce qu'ils ont perdu leur intensité et sont par conséquent tombés dans l'oubli, ou parce que la conscience s'en est retirée (ce qu'on appelle refoulement), et ensuite de ces contenus, perceptions sensibles en partie qui, par suite de leur trop faible intensité, n'ont jamais atteint la conscience et sont pourtant entrés de quelque façon dans la psyché;
  3. l'inconscient collectif, héritage de possibilités représentatives qui n'est pas individuel, mais généralement humain, même généralement animal et constitue le fondement proprement dit de psychisme individuel.
C.G Jung
La réalité de l'âme.

10 mars 2007

Un véritable connaisseur de l'âme humaine.

Celui qui veut connaître l'âme humaine n'apprendra à peu près rien de la psychologie expérimentale. Il faut lui conseiller d'accrocher au clou la science exacte, de se dépouiller de son habit de savant, de dire adieu à son bureau d'étude et de marcher à travers le monde avec un coeur humain, dans la terreur des prisons, des asiles d'aliénés, des hôpitaux, de voir les bouges des faubourgs, les bordels, les tripots, les salons de la société élégante, la Bourse, les meetings socialistes, les églises, le revival et les extases des sectes, d'éprouver sur son propre corps amour et haine, les passions sous toutes les formes; alors, il reviendra chargé d'un savoir plus riche que celui que lui auraient donné des manuels épais d'un pied et il pourra être, pour ses malades, un médecin, un véritable connaisseur de l'âme humaine.

L'Âme et la Vie -
Choix d'extraits de l'oeuvre de Jung,
bâti et ordonné par le docteur Jolande Jacobi

27 févr. 2007

La psyché a sa propre réalité

Je suis d'avis que la psyché est le fait le plus considérable qui soit dans le monde humain. Plus encore: elle est la mère de tout les faits humains, de la civilisation comme de la guerre qui tue les hommes; tout cela est d'abord psychique et invisible. Tant que ce n'est que "psychique", les sens sont incapables de la percevoir: ce n'en est pas moins indéniablement réel.

L'Âme et la Vie -
Choix d'extraits de l'oeuvre de Jung,
bâti et ordonné par le docteur Jolande Jacobi

21 juin 2006

De la différenciation chez l'homme civilisé.

Dans la mesure où la distinction entre le sujet et l'objet n'est pas consciente, il règne une identité inconsciente. L'inconscient est en effet projeté dans l'objet, et l'objet introjecté dans le sujet, c'est à dire rendu psychologique. Alors les plantes et les animaux se comportent comme des humains, et les humains sont à la fois eux-mêmes et des animaux, et tout est animé par des esprits et des dieux.

L'homme civilisé se croit naturellement bien au dessus de tout cela. Mais à la place il est bien souvent identifié toute sa vie à ses parents; il est identique à ses affects et à ses préjugé et il taxe effrontément les autres de ce qu'il ne veut pas voir en lui-même. En fait, il possède encore un reste d'inconscience primitive, c'est à dire d'absence de différenciation entre le sujet et l'objet. A cause de cette inconscience il est influencé sans réserve par des humains, des objets et des circonstances innombrables; son esprit est rempli d'éléments parasites presque au même degré que celui du primitif, et c'est pourquoi il a tout autant besoin de magie apotropéique. Il n'utilise plus les sachets de médecine, les amulettes et les sacrifices d'animaux, mais les sédatifs, les névroses, le "progrès", le culte de la volonté et ainsi de suite.

Toutefois, s'il parvient à discerner que l'inconscient est une grandeur déterminante auprès du conscient et à vivre de manière à tenir compte, dans le mesure des possibilités, des exigences conscientes et inconscientes, c'est à dire instinctives, le centre de gravitation de la personnalité totale n'est plus le moi, qui est simplement le centre du conscient, mais une sorte de point virtuel situé entre le conscient et l'inconscient que l'on pourrait désigner du non de Soi.



Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or - Carl Gustav Jung

20 juin 2006

Le culte exclusif du conscient.

Si les tendances à la dissociation n'étaient pas des propriétés inhérentes à l'âme humaine, on n'aurait jamais vu apparaître de systèmes psychiques fragmentaires; en d'autres termes, il n'y aurait jamais eu d'esprit ou de dieux. Voila également pourquoi notre époque s'est vidée à un degré si aigu de dieux et de saints: la raison en est notre méconnaissance de la psyché inconsciente et notre culte exclusif du conscient. Notre véritable religion est un monothéisme de la conscience, un état de possession par la conscience accompagnée d'une négation fanatique de l'existence fragmentaires autonomes.

Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or - Carl Gustav Jung